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Paris, une vraie histoire d'amour(s)

18 Nov

Les rues de Paris s’arpentent, se prennent, se retournent et se découvrent amoureuses sous les pas de Régine Deforges. En publiant son abécédaire sentimental, elle nous ouvre une partie de ses chemins de traverse(s), elle nous parle de ces fantômes qu’elle croise, et puis elle partage comme toujours ses plaisirs. Une déclaration d’amour pour Paris, une interview à écouter et partager, sans tarder.

L’abécédaire…

…comme je le vois

Le Paris de mes amours est au rayon nouveauté, quand j’entre dans la librairie. Formidable. Un nouveau livre de Régine Deforges est toujours un évènement en soit. Je m’approche. D’abord, la couverture s’encadre dans mes mains. Photo de pleine page, signée Patrick Bard. Une invitation mélancolique à la flânerie, Régine Deforges longe le quai Saint-Michel, il y a une péniche, la Conciergerie se dresse à gauche, le pont Saint-Michel s’arrondit à mi-hauteur et au-dessus il y a ce ciel parisien, ce fameux coton entre-deux, blanc-gris, percé ça et là. Sans chercher plus loin, on voudrait que Régine Deforges nous tende la main, respirer la Seine avec elle.

…comme je lis (4e de couverture)

J’aime me balader dans Paris, vagabonder le nez en l’air en compagnie de mes chers fantômes : poètes, romanciers, peintres, photographes, piétons de Paris ou mauvais garçons. Les uns m’entraînent dans telle ou telle rue, tel bistrot, les autres dans l’ombre d’une église ou celle d’un pont.
Flâner est une occupation qui m’est familière, et Paris est le lieu idéal où s’entremêlent l’histoire et les anecdotes populaires, les émotions de la vie du passé et de celle qui nous occupe.
Musarder dans Paris, c’est savoir regarder en souriant un couple d’amoureux, un vol de canards au-dessus de la Seine, s’arrêter pour écouter le vieil accordéoniste qui joue en fredonnant : « Paris je t’aime, je t’aime, je t’aime avec ivresse, comme une maîtresse… »

Que dire d’autre. Rien, ou trop peu. De toute façon, il est déjà trop tard, je suis à la caisse de la librairie, pressé de rentrer me promener, m’allonger et partir dans un de ces voyages immobiles au cœur du Paris de Deforges, curieux d’avoir ses yeux, ses anecdotes, le bruit de ses talons à chaque page tournée sur ses itinéraires imprégnés d’histoire, de souvenirs et plaisir(s) partagé(s).

La balade commence

Je décide de respecter l’idée et la lettre. Puisqu’il y a des notes de balade dans l’air, je picore au hasard des pages et des rencontres pédestres que chaque lettre présente à ma vue.

Ce que j’aime

L’abécédaire de Régine Deforges évite l’écueil d’un inventaire à la Prévert. Il ne s’agit pas non plus d’un dictionnaire exhaustif, encore moins de recueil de mémoires, ni d’une autobiographie, c’est autre chose encore, à la charnière de tout cela.
Nous sommes dans une intimité, celle d’un marcheur qui traverse un monde en silence puis éprouve le désir d’en partager tout le bien, le bonheur ressenti dans cette traversée longue comme une vie. On croise quelques fantômes mais aussi beaucoup de présence, la sienne bien sûr, les autres anonymes, connues qui toutes regardent dans la même direction : celle de Paris.

Paris, faut savoir regarder

Se balader, c’est une chose. Paris est un incroyable lieu de passage. Chaque jour, chaque rue de la capitale est une veine qui nous mène à mille lieux de nous, ou nulle part. Parce qu’on peut aussi regarder ses godasses, taper dans l’épaule de l’autre, suivre une file et déboîter sur un long rond point pour mieux faire demi-tour sur soi-même.
Régine Deforges sait tout cela. Il y a quelque temps, elle a ouvert grand les yeux sur ceux qui l’entourent. Ces quartiers, ces gens, ces Paris qui battent en « cœur » et dont elle parle avec vie et liberté dans cet ouvrage.

crédit Régine Deforges

Régine Deforges, touche à tous les talents
Écrivain, éditeur, auteur… Régine Deforges a pris l’après-guerre littéraire et la liberté à bras-le-corps.
C’est elle aussi qui a vu la police descendre dans son bureau, saisir le stock du Con d’Irène (Aragon) qu’elle s’apprêtait alors à publier en 1968. Privée de droits civiques pendant 3 ans, au bord de la faillite, elle n’a jamais cédé, ni transigé sur la liberté d’expression, la sienne, celle des autres.
C’est elle encore qui a publié plus d’une centaine d’ouvrages, dont le célèbre La mort propagande, poussant ainsi,  la première, le jeune Hervé Guibert dans l’arène littéraire.
C’est elle toujours qui a vendu à plus de 10 millions  d’exemplaires La bicyclette bleue, portée à l’écran, mais aussi des essais, contes, romans et nouvelles.
C’est elle qui touche à tout, jusqu’à revêtir les habits de Madame le président de la Société des gens de lettres, jusqu’à devenir membre du jury du prix Femina.

Et puis, j’arrive chez elle…

Voilà que je traverse cette Seine qui trace ce trait d’union entre l’hôtel de Ville et son appartement. Je me retrouve, fin de matinée, à sa droite, micro en mains et questions à la pelle. L’interview exclusive s’écoute en entier, se lit ci-dessous en condensé, où les deux, c’est encore mieux…

L’interview qui s’écoute

Où l’on entend des bruits de vaisselle et de marteau piqueur dans la rue d’en face, quelques rires, beaucoup de sourires, où l’on déguste un café littéraire pur jus, sans censure, autour et avec ce franc-parler original qui porte malicieusement la marque Deforges, entière et engagée depuis le premier jour.
Ecouter

L’interview qui se lit

Pourquoi avoir écrit un Abécédaire ?

« Parce que cela s’est trouvé comme ça. Au départ, cela devait être un dictionnaire amoureux mais les éditeurs ont trouvé que… pas assez de ceci, pas assez de cela… moi je trouve qu’il est très difficile de parler de Paris sans parler de ceux qui nous ont précédés et qui ont parlés de Paris cent fois mieux que nous… et je préfère finalement cela, qu’être dans la collection des dictionnaires amoureux (…)

On sent à travers vos lignes que vous êtes une amoureuse de Paris…

-Mais comment ne pas être amoureux de cette ville (…) je m’y sens vraiment comme un poisson dans l’eau, c’est ma ville, c’est celle que j’ai adoptée, qui m’a adoptée, je sais bien que c’est une ville très dure, qu’il faut se battre pour pouvoir y vivre, pouvoir y travailler… mais on est récompensé par sa beauté, le climat de liberté qui y règne malgré tout (…) j’allais dire que c’est une ville qui est faite pour les femmes mais c’est à la fois vrai, à la fois faux… à une époque je voulais faire un dictionnaire de la femme seule à Paris, je traînais beaucoup la nuit dans différents endroits, c’était parfois difficile, on n’était pas… une femme seule c’était forcément une… il fallait se faire adopter par les gens des lieux, le patron de la boite, le barman (…) fallait avoir une complicité qui protège (…) à la moindre sensation de difficulté, un mec un peu trop pressant, je faisais en sorte que le barman soit mon complice, me fasse sortir par derrière (…) je n’ai pas fait finalement ce guide de la femme seule à Paris, mais il serait vachement utile parce que combien de femmes viennent à Paris pour travailler, pour leurs affaires et restent dans leur chambre d’hôtel parce qu’elles n’osent pas sortir (…)

Pour vous, ce serait quoi la définition d’un piéton dans Paris ?

-C’est celui qui baguenaude le nez au vent, c’est se laisser porter par un nuage, un vol de canards sur la Seine, un air d’accordéon, une silhouette d’un homme, une femme, les suivre un moment pour savoir où ils vont, qui ils sont… c’est savoir regarder, écouter selon les quartiers, les bruits de Paris ne sont pas les mêmes (…)

Dernièrement, sur France inter vous avez dit que Paris a beaucoup changé, qu’est-ce que vous regrettez, parlons de Saint-Germain, du Saint-Germain de Vian et de celui d’aujourd’hui ?

-Cela n’a plus rien à voir, d’abord cela ne vit plus la nuit à Saint-Germain, ce n’est plus un quartier de noctambules, ils se sont déplacés vers Belleville, Oberkampf… maintenant c’est un quartier de fringues, les petits bistrots sympas il n’y en a plus, c’est hors de prix, pour bobos… les marchés avant il y avait des marchands de 4 saisons, y’avait des gens qu venaient de la campagne et qui apportaient leurs produits, c’est fini (…) alors il reste d’autres quartiers, du 13e, du 14e mais encore une fois, il faut savoir le regarder, tout n’est pas aimable dans Paris, ce serait trop simple mais tout est surprenant, vous levez la tête place de la Bastille vous voyez l’emplacement d’un obus qui a été tiré, vous baissez la tête, vous voyez le tracé de la forteresse de la Bastille (…)

A la lettre A de votre Abécédaire, il y a Aragon. Vous avez pour lui un regard tendre, malgré la censure que vous avez subie à l’époque de la publication d’Irène, vous trouvez  qu’aujourd’hui nous vivons dans un monde moins censuré, les choses ont-elles évoluées par rapport à cette période ? 

-Non, je ne crois pas. La censure existe toujours. J’étais avec des journalistes l’autre jour qui me disaient là il faut être prudent, ne pas employer ce mot… pour moi c’est de l’autocensure cela, c’est quelque chose contre lequel j’ai toujours lutté, alors bon les choses ont changé mais pas en profondeur, c’est toujours superficiel, un être humain reste toujours un être humain, avec ses interdits, sa connerie, ça n’évolue pas aussi vite que ça (…) l’autre c’est toujours l’ennemi, celui qui peut vous faire du mal, donc les gens restent un peu sur leur quant-à-soi.

A la lettre B, Balzac dit que Paris est une créature, c’est aussi ce que vous ressentez ?

-Oui, Paris c’est à la fois une ville femelle et une ville mâle, c’est très surprenant. Pour André Breton c’était une ville femelle dont la place Dauphine était le sexe, pour d’autres c’est une ville très virile, on y trouve ce que l’on veut (…)

Interview Régine Deforges sur France 5 (Empreintes)

Lettre B aussi comme Bouquinistes, vous flânez souvent sur les quais, vous trouvez aussi des livres de vous ?

-Rarement, même dans les brocantes (…), il semblerait que les gens gardent plus mes livres que ceux de X ou Y, je ne vais pas donner de noms, ce ne serait pas charitable… mais j’arrive à trouver des merveilles, moi je peux passer une journée sur les deux rives à faire les bouquinistes.

A plusieurs reprises, vous évoquez des danses avec Alphonse Boudard, dansez dans Paris est-ce associé la liberté de la danse à celle de la ville ?

-Vous savez, à Paris, on a toujours dansé, on a dansé sur les barricades, dans les salons… et maintenant on danse moins, et cela moi je trouve que c’est dommage, à la République il y avait des bals, un jour j’ai dit à François Mitterand quand j’étais dans la grande salle là-bas, et pourquoi vous ne faites pas de bal? Il m’a regardé d’un air pincé… j’ai dit vos prédécesseurs dansaient… ça s’est perdu mais tous les quartiers de Paris avaient leur bal, rue de la Montagne Sainte-Geneviève il y en avait 5 ou 6, rue de la Gaîté n’en parlons pas (…) c’était des bals populaires que fréquentaient les gens de la haute, ou ils allaient s’encanailler (…)

Parallèlement, j’ai cru entendre parler de mémoire, vous travaillez sur vos mémoires ?

-Oui, c’est un travail avancé mais c’est comme pour Paris, c’est un travail beaucoup plus difficile à faire que je ne le pensais. Paris que je croyais bien connaître, je me suis rendu compte d’un coup qu’il y a plein de choses que je ne connaissais pas ou que j’avais oublié… et pour les mémoires, y’a plein de choses, de souvenirs qui me sautent à la figure et ça c’est pour moi extrêmement difficile (…).


Retour sur inventaire

Autour de Régine DEFORGES, quand Bernard PIVOT réunissait sur son plateau six « débutants », auteurs d’un premier livre sur lequel la « star » Régine Deforges donnait son avis éclairé.

 —– —– Carnet(s) —– —–

Régine Deforges

Le Paris de mes amours (PLON Editions)

Editions Plon

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7 Responses to “Paris, une vraie histoire d'amour(s)”

  1. jeannine bouillon 18 novembre 2011 at 13 h 11 min #

    très bon reportage je ne vis pas à Paris mais ça me donne envie de lire le livre pour découvrir la suite;merci à vous :paris àl’air livre surtout continuer

  2. walter deleau 18 novembre 2011 at 20 h 35 min #

    multitudes de facettes voluptueuses, paris de la belle ouvrage pour les inconditionnel ça vaut le détour de la page, divine Régine Deforges.

  3. jean-pierre hautfeu 18 novembre 2011 at 21 h 42 min #

    A qui jeter la pierre…le paris était belle et sans aucun regret caressant…un beau bol d’air, merci, continuez…

  4. Al hautdeau 18 novembre 2011 at 21 h 47 min #

    Paris ma canaille s’ouvre sur un café de coeur!!!

  5. lauren 21 novembre 2011 at 15 h 27 min #

    très jolie femme! bcp de charisme…je l’ ai croisé à une manif à Bastille sans la reconnaitre et j’ ai été impressionnée!

  6. CATHERIN Nicole 23 novembre 2011 at 11 h 29 min #

    Bonjour Madame, j’ai pratiquement lu la plupart de vos livres mais nonobstant « LA BICYCLETTE BLEUE », j’ai absolument beaucoup aimé LA GARTAMPE !!! la plupart de vos livres sont dans ma bibliithèque et Il est vrai qu’il y a longtemps que je vous ai plus lu. J’ai eu l’opportunité de faire la connaissance de votre soeur et de votre beau-frère en AFRIQUE et je les ai rencontré à plusieurs reprises chez des amis communs, comment vont-ils ?? nous avions alors sympathhisés et beaucoup parlé de vous évidemment.
    bonne continuation à vous et grand succès pour votre dernier livre. avec mes meilleures salutations.

  7. telepafi 31 mars 2012 at 14 h 25 min #

    merci beaucoup pour votre blog

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