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Hubert, Marie et l'anorexie

12 nov

crédit : DeathByBokrh CC flickr

Cela faisait déjà quelques semaines que nous voulions rencontrer Marie Caillou et Hubert. Et puis nous voulions découvrir Quai des bulles (Saint-Malo, 35). Vous me direz, quel rapport? A première vue, aucun. Mais lorsque nous avons découvert que la dessinatrice de La chair de l’Araignée serait justement présente pour l’édition 2012 du salon dédié au 9ème art, nous avons fait nos valises et pris le premier train. Elle a accepté de nous recevoir entre deux séances de dédicaces, en salle de presse, au palais des congrès. Rencontre, face à la mer particulièrement tempétueuse, ce jour-là.

Présentation

par Marie Caillou, dessinatrice

Ce sont deux personnages qui se rencontrent pour une même raison. Ils sont tous les deux en proie à des troubles du comportement alimentaire (TCA). Il y a un garçon et une fille. Tous les deux ont un parcours parallèle et un dégoût violent de leur corps au point qu’ils ne s’alimentent pas suffisamment et mettent leur santé en danger.

Crédit : Éditions Glénat


Parole(s) à Marie Caillou et Hubert

La Chair de l’Araignée, pourquoi ce titre?

Marie- En ce qui concerne le titre, il s’agit d’un oxymore, d’une image poétique, une image impossible puisqu’une araignée n’a pas de chair.

Pourquoi avoir choisi ce thème difficile?

Marie- Sans doute parce que Hubert (le scénariste) et moi-même sommes passés par des périodes de troubles du comportement alimentaire. Il y a donc une part de témoignage mais pas uniquement.

Hubert- Assez étrangement, le thème s’est imposé de lui même quand j’ai voulu écrire une histoire pour le dessin de Marie. Je commence toujours mes projets par une phase d’écriture automatique pendant laquelle je note tout ce qui sort, en vrac, sans me soucier de construire une narration. Et ce qui est sorti, c’est une des scènes oniriques du livre, celle où la jeune fille vomit sa mère. Ça a été le point de départ. J’avais déjà tenté d’aborder ce thème plusieurs fois, mais c’était soit trop fictionnel et anecdotique, soit trop autobiographique et peu intéressant. Le dessin de Marie m’a donné la juste distance vis-à-vis du sujet. Il était le vecteur idéal, à la fois distancié et très tendu.

Vous avez donc construit cette bande dessinée à deux?

Marie- Je suis arrivée dans un atelier où travaillait Hubert. Nous avons commencé à discuter de tout, de rien, et puis d’alimentation sans vraiment aborder ce qui nous était arrivés dans un premier temps. Mais Hubert a eu envie d’écrire un scénario pour moi, je venais de finir une commande pour un film d’animation j’avais du temps, ce qui est amusant c’est que je lui ai alors dit que je ne ferais jamais de bande-dessinée. Je ne connaissais pas du tout, cela me semblait insurmontable.

Mais?

Marie- Mais Hubert a écrit en cachette. Et puis une fois terminé, il me l’a proposé. On peut dire qu’il a tenu bon (sourires). Son scénario m’a beaucoup touché, je me suis reconnue par moments. Au départ il avait uniquement axé son scénario sur le personnage masculin, je lui ai apporté mon témoignage féminin. Hubert a réécrit, enrichit et rééquilibré l’ensemble.

Hubert– Au final, c’est une fiction crée à partir d’un matériel autobiographique, avec beaucoup de liberté par rapport à  ce que nous avons pu vivre chacun de notre côté, mais très proche dans le ressenti. Marie et moi n’avons jamais habité en coloc !

Au-delà du comportement alimentaire, vous abordez plus globalement le thème de la différence, c’est voulu?

Marie- Hubert a surtout voulu retranscrire un état d’esprit particulier dans lequel le T.C.A. vous plonge. Le corps n’existe plus, il ne s’agit plus que de l’esprit. Tout ceci est très mental, vous ne souhaitez plus exister physiquement, votre corps n’a pas de consistance et vous n’avez pas conscience de tout cela. Du moins, c’est comme cela que je l’ai ressenti personnellement. Certes, La chair de l’araignée aborde aussi le thème de l’identité sexuelle. Les personnages sont à l’âge des questionnements et tout ceci à des implications dans la vie des jeunes.

Hubert– Je voulais aborder le thème de l’intérieur. Cette différence constitue leur réalité, le monde où ils vivent. Quand je me tourne vers cette époque de ma vie, j’ai l’impression de me trouver dans la tête d’un extra-terrestre tant cette façon de penser et d’appréhender la réalité est étrange, déconcertante. C’est tout le problème des troubles du comportement alimentaire : de l’extérieur, on focalise sur le corps, sur les symptômes, quand c’est une façon de penser et de ressentir.

Si je vous dis que nous avons découvert La chair de l’araignée dans la salle d’attente d’un psychiatre de renom, vous…

Marie- Non, vraiment? C’est formidable. Je vais vous dire, durant la période où j’ai traversé ces moments difficiles, cela n’avait pas de nom. Il n’y avait pas encore tous ces reportages sur le sujet, sur ces mannequins qui s’amaigrissent, ce n’était pas connu comme aujourd’hui, on vous laissait comme cela, on vous disait de manger et c’est tout. Alors qu’aujourd’hui des adolescents se reconnaissent dans cet album, que ce soit un support de discussion avec un psychanalyste, tant mieux.

Hubert- Quand on travaille sur un sujet aussi lourd, on a toujours peur de ne pas être juste. On raconte à partir de ce qu’on a traversé, depuis son point de vue limité.  Savoir que l’album a été finalement bien accueilli par des gens touchés par des troubles du comportement alimentaire ou ceux qui travaillent avec eux est très important pour nous. Ça veut dire qu’on n’a pas trahi le sujet !

Votre dessin est très épuré, vos couleurs plutôt sombres…

Marie- Ce n’est pas particulier à cet album. J’ai l’habitude de travailler comme cela avec très peu de couleur. Peut-être qu’avant je faisais des personnages plus ronds, plus colorés c’est vrai, ici j’ai peut-être du assombrir un peu et faire des personnages plus anguleux puisqu’il s’agit de personnages qui s’affament. Le traitement est délibérément très clinique, aseptisé pour mettre une distance avec le sujet mais pas pour plonger pour autant dans le cynisme ou la noirceur. J’ai voulu concerner de la douceur. Je me souviens de cette époque (TCA) non pas comme une période de douleur mais plus comme un moment ou quelque chose n’allait pas mais de façon diffuse.

Vous préparez un autre album?

Marie- Oui, toujours avec Hubert et chez Glénat, nous préparons un nouvel album qui devrait sortir à la rentrée 2013 qui s’appelle la ligne droite et parle d’un jeune garçon qui vit en Bretagne, s’ennuie et va tomber amoureux d’un autre garçon.

Hubert- C’est surtout sur l’adolescence en campagne profonde, quand on se sent différent de ceux qui vous entourent. Un grand souvenir là encore !

On résume

+Éditions Glénat

+Marie Caillou, blog

+Hubert

+sur Paris.fr >> vaincre anorexie et boulimie

copyright Éditions Glénat

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3 Responses to “Hubert, Marie et l'anorexie”

  1. Jean-Michel LECOCQ 12 novembre 2012 at 11 h 40 min #

    J’ai publié en avril 2012, aux éditions L’Harmattan, un polar historique, intitulé 24, dont l’intrigue se déroule dans le Paris de 1572. Je vous le signale dans l’hypothèse où cette publication vous intéresserait. J’en ai adressé un exemplaire au service responsable des bibliothèques de la ville de Paris. Cordialement.

  2. Marc T 21 novembre 2012 at 21 h 37 min #

    le sujet me fascine depuis que j’ai eu 15 ans, il a l’air traité avec beaucoup d’égard, merci

  3. Marjo line 21 novembre 2012 at 21 h 37 min #

    Et moi et moi et moi…

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