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Jérôme Minière s’invite chez Chuchotements

12 Juil

[L’Invité…] 

 

Un mardi après-midi, sur une terrasse ensoleillée, à la sortie du métro Vavin, Jérôme Minière sirote un verre, heureux d’être à Paris et surtout dans ce quartier qui lui évoque plein de chaleureux souvenirs.

Chanteur, compositeur et artiste pluri-disciplinaire, Jérôme affirme avoir  une triple vie. La première, sur le sol français, de sa naissance jusqu’à ses 19 ans, puis une deuxième pendant 5 ans à Bruxelles, suivie d’une troisième à Montréal quand il décide de s’y installer en 1995.

Ayant développé, avec succès, sa carrière au Québec, Jérôme revient, entre 2000 et 2003, faire la première partie de Dominique A et celle de Philippe Katerine. Cette année,  il signe chez Wagram pour la sortie française de son dernier album  Le Vrai, le Faux .

Jérôme se livre à nous d’une façon intime et nous explique en quoi Paris a fortement influencé sa carrière. On découvre un artiste qui, sous ses aspects simples et amicaux, est doué d’une grande richesse humaine, d’un talent multi-facettes, d’une sensibilité à la création et d’une propension indéniable à l’expérimentation des choses.

 

– A la première écoute, j’aurais défini ton style musical comme de la pop « à la française », mais il semble plus complexe à décrire… Si tu devais trouver des mots pour le définir, lesquels donnerais-tu ?

Je dirais que je fais de la dance-music pour les Nerds, du Hip-Hop compliqué, de la New-Wave rigolote, et de l’Electro à textes.

Mes textes sont proches du cinéma, le quart de mon travail se concentre sur l’écriture, les histoires, et j’aime scénariser mes chansons en y apportant beaucoup d’observations.

 

– Explique- nous pourquoi  tu as choisi Vavin comme lieu de rencontre ? Que représente ce quartier pour toi ? 

Vavin évoque de vieilles anecdotes qui remontent aux années 80. Je suis d’ailleurs assez étonné de les évoquer, je ne pense pas en avoir déjà parlé avant.

Quand j’étais enfant, nous venions souvent avec mes parents dans le quartier. Passionné de musique depuis le plus jeune âge, j’aimais me rendre à la Fnac de Montparnasse. Cela me donnait l’impression de rentrer dans la caverne d’Ali Baba et j’y trouvais mon bonheur musical. Nous allions aussi souvent à des spectacles dans le quartier.

Adolescent, j’écoutais beaucoup de groupes de musiques en ayant des goûts assez « bâtards », passant de Joy Division à Stevie Wonder. Etant également passionné de cinéma, je suis allé voir en 1985 le film L’Effrontée avec Charlotte Gainsbourg. Je n’avais que 14 ans à l’époque, un âge où l’on est en pleine mutation, et je suis tombé follement amoureux d’elle.

J’ai donc épluché tous les noms du casting du film sur le Minitel, ai trouvé le contact d’un scénariste, Bernard Stora, et je l’ai appelé. Touché par mon histoire et mon innocence, il m’a invité à le rencontrer. A l’époque il vivait rue Delambre, raison pour laquelle j’ai souhaité venir ici aujourd’hui. Je me souviens être descendu à la station Vavin, pour la première fois, seul, sans mes parents. Il a un fils du même âge que moi, et m’a finalement pris sous son aile. Je l’ai revu de temps en temps le week-end. Petit à petit, une grande amitié s’est tissée entre lui et moi et il m’emmenait souvent sur des tournages.

Cette rencontre marque à mes yeux le point de départ de mon éveil artistique. Bernard Stora était mon mentor et à 18 ans, j’ai écrit mon premier scénario.

Je me souviens qu’un jour il m’avait rapporté une photo dédicacée de Charlotte Gainsbourg, pensant me faire plaisir, mais à l’époque je l’avais assez mal pris et nous n’en avions jamais reparlé…

Une autre de mes rencontres marquantes a également un rôle avec ce quartier.  Agnès Varda, habitait à Denfert-Rochereau et elle a également joué un rôle dans ma vie. Un soir où je m’étais rendu au Bataclan pour un concert de Jane Birkin, je me suis rendue compte de la présence d’Agnès et lui ai parlé à la fin du concert. Elle a pris mon contact et m’a appelé plus tard pour une proposition de tournage. C’était un film-reportage sur Jane Birkin et les tests se sont déroulés dans sa maison dans le quartier de Passy. Quand je l’ai rencontré, le contact a été très facile. Charlotte était également présente, mais… étant très timide à l’époque, je n’osais pas lui parler ! Finalement j’ai tissé des liens avec sa mère. Même si je n’ai pas été choisi pour le premier rôle, j’ai participé au film. J’ai revu Jane Birkin jusqu’à mes 16 ans. Cette expérience était pour moi comme une sorte d’initiation. Sans jamais me considérer comme un fan, j’ai  en outre vite réalisé que ces artistes sont finalement des gens comme toi et moi.

Je me suis dit que j’aimerais revoir ces gens, qui ont joué un rôle dans la constitution de « mon moi », dès que j’aurai accompli des choses.

Très naturellement, je me suis tourné vers le cinéma et la musique. J’avais monté mes premiers groupes vers l’âge de 12 ans, bien que je fusse un très mauvais élève de piano… Ma démo a été repérée en France en 1995 alors que je la quittais pour le Québec. A l’époque, j’avais signé deux albums chez Lithium à l’époque et était distribué par Virgin. En construisant ma vie artistique et personnelle au Québec, mes retours en France étaient plus sporadiques. J’avais bien sûr encore des tournées ici ; souvent avec Dominique A.

Le Vrai Le Faux est un album que j’ai sorti au Québec et qui a très bien marché là-bas. Quand je suis revenu en France pour signer cet album, je me suis senti l’esprit d’un débutant ! Mes retours à Paris sont comme une séparation amoureuse ; je suis à la foi paralysé et ému quand je suis ici.

 

– Quand tu es à Paris, où aimes-tu te rendre ? 

J’aime me promener du côté de Vavin (limite 6e/14e) pour tous les souvenirs que  j’ai évoqués.

J’apprécie également me promener du côté du Jardin des plantes (5e) et vers l’Institut du Monde Arabe (1 rue des Fossés Saint-Bernard, 5e).

www.jardindesplantes.net

www.imarabe.org 

Je passe pas mal de temps dans le Marais (4e). Virgin, qui distribuait mes albums, n’était pas loin à l’époque, donc j’y allais souvent. Je me balade régulièrement dans les endroits piétons, du côté de la rue des Rosiers. Dans le coin, je passe automatiquement chez Muji. Il n’en existe pas au Québec, et c’est devenu une habitude avec mon frère. J’aime beaucoup le design minimal japonais !

Muji, 47 rue des Francs Bourgeois, 4e 

C’est sûrement dû aux souvenirs liés à mon enfance mais j’aime toujours me rendre à Beaubourg. Cet endroit a une architecture unique qui m’évoque toujours un rapport à Paris… Enfant je m’amusais  à courir sur l’esplanade.

Centre Georges Pompidou, 4e

www.centrepompidou.fr

J’ai aussi de bons souvenirs de concerts que je faisais à l’époque au Batofar. Cela me fait plaisir de voir que ce lieu existe toujours.

Le Batofar, Port de la Gare, 13e.

 www.batofar.org

 

– Connais-tu une activité insolite à faire à Paris et que tu nous recommanderais ?

 L’année dernière j’ai participé aux concerts du 7e ciel et j’ai tout de suite été conquis par le concept ! Un passionné de musique invite des musiciens à jouer sur le toit de son appartement dans le 18 e en face de Montmartre. Ce sont de petits concerts secrets Pop-UK, joués en acoustique et organisés chaque été dans un cadre très  intéressant. Le seul moyen d’obtenir des places est de les gagner sur le webzine POPnews.

Les disques du 7e ciel est un label indépendant qui propose également des compilations des titres des différents musiciens qui viennent jouer sur le toit.

Les Concerts du 7e Ciel, 18e: 7ciel.net

POPnews : www.popnews.com

 

– Est-ce qu’il y a une exposition à laquelle tu aimerais de rendre pendant ton séjour à Paris ? 

J’aimerais beaucoup me rendre à l’exposition temporaire du Musée du Quai Branly, Les Maîtres du Désordre. Le sujet m’intéresse particulièrement ; surtout celui des chamans. Je vois les artistes comme des descendants des chamans, des sortes de sorciers… En tant qu’artistes, nous travaillons avec le chaos et le désordre. Nous sommes tous, plus ou moins, dans une recherche spirituelle…Sans évoquer l’aspect religieux, je pense qu’il y a quelque chose de sacré dans notre travail. Finalement le sujet de cette exposition me fait penser que cela correspond plus à notre époque actuelle : un monde chaotique dans lequel il n’y a plus de sens. On rejoint le primitif, on est plus proche de ces cultes païens qu’il y a 40 ans.

Les Maîtres du Désordre, Musée du Quai Branly. Jusqu’au 29 Juillet 2012.

37 quai Branly, 7e

www.quaibranly.fr

 

– Quels sont tes prochains projets « français » ?

Mon album sort le 24 septembre 2012 prochain en France. Le tournage du clip de Rien à vous dire, lui,  est prévu pour août. J’ai également d’autres projets dont un concert en septembre dans un lieu encore tenu secret. Je devrais aussi refaire les premières parties de Dominique A, mais cela reste à confirmer. Une tournée avec plusieurs dates de concert en France est prévue pour le début du printemps prochain.

 

Merci Jérôme Minière pour cette discussion riche en anecdotes et ce voyage à travers « ton » Paris. Elle nous a permis de mieux te connaitre en tant qu’artiste et en tant qu’ « ancien Parisien ».

Ton site internet est d’ailleurs très intéressant car il met en avant tes différentes facettes et tes nombreux talents.

Le Café Espagnol, chanson pour laquelle nous avons tous les deux une affinité plus prononcée et qui nous amène dans des souvenirs très personnels, semble être la plus appropriée pour rentrer dans ton univers.

cliquez sur le lien pour écouter Le Café Espagnoljerome-miniere/le-cafe-espagnol

 

jeromeminiere.ca

www.wagramlabel.com/artistes/jerome-miniere

www.myspace.com/geromini

 

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Un grand merci à Pierre Henri Janiec, de Wagram, pour avoir rendu cette interview possible.

 

Crédit:

Photo : Pascal Grandmaison & Frédérique Bouchard

 

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3 Responses to “Jérôme Minière s’invite chez Chuchotements”

  1. isatagada 23 juillet 2012 at 08:46 #

    Très intéressante cette interview 🙂 Je vais aller écouter ce que fait ce monsieur, du coup…

    Merci en tout cas ! Super boulot !

  2. Martine 12 juillet 2012 at 17:54 #

    J’aime !!!!!

  3. Martine 12 juillet 2012 at 17:53 #

    Ce dernier post semble très complet et nous emmène encore dans de nouveaux lieux à découvrir en plus de la découverte d’un artiste. Très intéressant … J’attends la suite avec impatience.

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