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Kadebostany s’invite chez Chuchotements

23 Juil

Chuchotements a rencontré le président de Kadebostany, Kadebostan, et sa collaboratrice Amina  à Paris. Les deux se sont rencontrés il y a quelques années dans un club et ont rapidement ressenti l’envie de travailler ensemble sur un album. Celui-ci mélange des sonorités folkloriques à des ambiances électroniques et hip-hop avec pour fil conducteur l’association des cuivres et la voix d’Amina. Leur idée était de rassembler les meilleurs hits diffusés sur la radio nationale du pays. L’incroyable aspect visuel du groupe, réalisé par le collectif suisse Supermafia, mêle costumes de fanfare, drapeaux, néons et lumières stroboscopiques.

Le clip du morceau Walking With A Ghost est sorti il y a un an de façon assez confidentielle, mais il nous faudra attendre le 4 octobre 2013 pour découvrir leur album en France. Pour les plus impatients, Kadebostany sera en concert le 26 septembre 2013 au Nouveau Casino.

 

–          Présentez-nous votre pays, la Kadebostany?

Kadebostan : C’est une république située au nord de l’Italie, à l’est de la Suisse et à l’ouest de la Turquie. Le pays est dirigé par Kadebostan, moi-même, président autoproclamé. J’ai décidé de faire parler de mon pays sur la sphère internationale par le biais de la musique. Nous avons commencé à partager notre culture il y a deux ans avec la sortie de notre premier album, Songs From Kadebostany. Nous avons eu la chance d’être accueillis en Europe et au Mexique pour de nombreuses dates.  Désireux de renforcer nos relations avec les autres pays et de partager avec eux notre culture, nous présentons désormais un nouvel opus, Pop Collection, dont le premier extrait s’intitule Walking Wtih A Ghost.

–          Pourquoi as-tu choisi de créer un pays comme vecteur de ta musique?

Kadebostan : C’est une idée que j’ai eu il y a quatre ans. Je me suis réveillé un matin en me disant : « Pourquoi ne pas inventer un pays? ». C’est comme une pelote de laine : tu commences par tirer un fil et petit à petit tu te rends compte que c’est infini. Le pays est un cadre où tout est possible : les costumes et l’univers en découlent et le groupe devient un support. Nous avons été contactés l’an dernier par Radio Canada pour nous proposer de réaliser une émission thématique sur la République de Kadebostany. Le 1er avril ils ont diffusé une heure d’émission sans jamais mentionner qu’il s’agissait d’un canular. Nous avions beaucoup travaillé en amont pour parler de nos athlètes et de notre richesse culinaire. Des gastronomes canadiens réputés sont même intervenus pour parler de la gastronomie kadesbostanienne. (Rires) Les auditeurs se sont mis à chercher qui nous étions et se sont facilement pris au jeu. Cela a permis de lancer notre premier single là-bas. J’aime ce projet car, au final, on ne parle plus forcément de musique, mais d’un univers.

–          Dis-nous comment tu régules ce pays et quel est l’impact de sa localisation?

Kadebostan: Mon pays est très libéral : chacun fait ce qu’il veut. Tout le monde est invité à s’installer ici et à monter son entreprise.

Amina: Tout se passe bien car il y a une sorte de régulation naturelle. Les gens suivent quelques règles et en sont satisfaits.

Kadebostan: J’ai choisi cette localisation géographique car c’est au carrefour de différentes civilisations et cette symbolique me semblait intéressante. Nous collaborons avec de nombreuses personnes dont les influences sont variées et enrichissantes pour notre musique.

–          Comment voyez-vous votre musique ?

Kadebostan : Nous considérons notre musique comme extrêmement sincère et sans filtre. Nous sommes très libres dans nos choix. Elle doit rester ouverte et accessible.

Amina : Selon moi, la musique ne peut pas être homogène.

Kadebostan : Nous n’avons pas de logique commerciale, nous n’essayons pas de coller une étiquette sur notre musique. Nous tentons de créer tout ce qui nous donne envie sans ajuster notre langage. Nous parlons à tout le monde et à tous les âges. Tout le monde a l’air ravi de faire partie de cette expérience et c’est ce qui rend le moment assez excitant. Nous ne considérons pas le grand public comme une masse qu’il faut lobotomiser. Nous estimons que les gens sont capables d’être touchés par quelque chose de beau et de sincère, même si cela rentre dans de « l’Indie ». Les média sous-estiment les gens… Nous sommes arrivés premiers dans les charts en Grèce et deuxièmes en Turquie, entourés par des chanteurs comme Rihanna, Adele, Gotye, Coldplay, etc. C’est la preuve que les gens sont capables d’aimer des choses qui ne sont pas formatées.

Amina : Les gens sont ouverts à l’Indie, le problème c’est que les média n’en proposent pas assez.

–          Étant difficilement classable, comment définiriez-vous votre style ?

Kadebostan : Pop ! C’est un mot un peu galvaudé, mais je l’exprime dans son sens originel : « musique populaire » et accessible. Dans la pop il y a une idée de langage universel qui permet de toucher tout le monde.

C’est donc de la variété Kadebostanienne.

Kadebostan : Oui, c’est ça. Dans le sens neutre du terme ! (Rires) « World » est une étiquette que je déteste car il m’évoque un sentiment d’ethnocentrisme. Pour la musique américaine les styles sont différenciés, comme « country » ou « blues » par exemple, alors que pour un sénégalais sa musique sera appelée de la « world ». Il en sera de même pour la musique des îles alors que celle-ci peut être complètement différente. C’est réellement un mot « fourre-tout » où tout ce qui n’est pas facile à catégoriser est mis dedans.

Amina : Ce sont les stigmates du colonialisme ! (Rires)

–          Que constituent vos influences ?

Amina : Tout peut être source d’inspiration ! En ce moment j’aime beaucoup le groupe Fauve, bien que nous ne fassions rien de similaire. Je trouve que ce qu’ils font est très intéressant : ils ont l’air très sincères dans leur démarche. Les grands artistes de Jazz m’ont donné envie de chanter : Nina Simone et Billie Holiday. Il y a quelque chose de tellement à vif sur leurs morceaux. Même si tu as écouté leur album plus de vingt fois, tu continues à le ressentir.

Kadebostan : J’aime lire des biographies et voir les gens travailler. J’ai vu dernièrement un documentaire sur Lemmy, leader du groupe Motörheard, dans lequel il évolue chez lui et en tournée. Je trouve ça particulièrement intéressant de voir les gens vivre, créer et parler de leur art. C’est une immense source d’inspiration. Je me nourris de vidéos, de sessions en studio et de documentaires sur les groupes. Notre musique est « hors format », cela nous permet d’avoir de nombreuses références sans avoir besoin de les nommer pour exister. Je pense qu’il est intéressant de tout écouter : l’inspiration peut venir de ce que nous aimons comme de ce que nous détestons. Je suis assez curieux et tente de découvrir des choses assez diverses. Il y a toujours des choses intéressantes à retenir dans ce que je trouve bon ou mauvais.

Amina : C’est la démarche de chaque artiste qui est intéressante à analyser. Nous sommes plutôt observateurs même si cela peut devenir dangereux… Cela peut minimiser la créativité et l’inspiration, alors il nous faut savoir doser ! (Rires)

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–          Comment vous partagez-vous le travail de composition ?

Kadebostan : Je travaille la musique et Amina s’occupe des paroles. Nous sommes à la base des morceaux puis nous nous entourons de gens qui s’investissent beaucoup et qui croient en nous et en notre projet. Il se recentre sur de nombreuses rencontres : chaque individu apporte un peu de sa personnalité. J’aime les paradoxes :  je trouve ça intéressant de contrebalancer nos morceaux en faisant passer des textes sombres sur une musique beaucoup plus gaie.

Amina : Certains de nos textes abordent des thèmes sensibles.  Le morceau Teddy Bear se lit de deux façons différentes : au premier niveau de compréhension le texte aborde l’histoire naïve d’une petite fille et d’un ours en peluche, alors qu’au deuxième niveau il traite d’attouchements sexuels. Cependant, les gens ont tendance à danser quand nous la jouons. Chacun en fait son interprétation ; nous ne voulons pas imposer un sens de lecture.

Kadebostan : En Kadebostany tout est possible : tu choisis ton message et te fait ta propre vision de notre musique.

Amina : J’ai une anecdote ! Nous avons joué en Allemagne et une jeune femme est venue me voir pour me dire qu’elle était très touchée par notre morceau Walking With A Ghost.  Elle m’a raconté qu’une de ses amies adorait ce morceau et qu’elle est décédée quelques mois auparavant d’une maladie. Dès qu’elle entend ce morceau cela lui donne l’impression de sentir sa présence à ses côtés et de « marcher avec elle ». Cela m’a donné envie de pleurer, mais j’ai trouvé sa façon de s’approprier la musique belle et incroyable.

Kadebostan : Un fantôme ça peut être tout : une expérience, quelqu’un, des peurs, etc.

Amina : Je sais quelle forme celui-ci prenait au moment de l’écriture de la chanson… Mais c’est quelque chose que je n’ai pas à partager avec les gens. Le fantôme est polymorphe : chaque personne peut créer son histoire autour.

Cela t’a-t-il permis de relâcher une certaine pression ?

Amina : Oui et la raison pour laquelle j’ai écrite cette chanson s’est effacée petit à petit. Ce morceau est devenu évolutif : le fantôme est désormais différent. C’est vraiment thérapeutique ! (Rires)

Cherchez-vous à faire passer un message précis ?

Kadebostan : Je ne souhaite pas passer de message particulier… J’ai déjà un pays à administrer !(Rires). J’aime faire passer des émotions et les travailler. J’ai une certaine vision de ce qui est beau dans la musique et c’est ce que j’essaye de faire.

Ta musique est donc ton discours électoral ?

Kadebostan : C’est une façon de parler aux gens. Je me sens bien quand le message est passé. Je tiens à rassurer les gens : ce n’est pas une secte ! (Rires) L’adhésion est gratuite, il suffit d’aimer notre musique.

Amina : Nous acceptons tout le monde ! Même si les gens ne sont pas bons en y rentrant, ils le deviennent au contact de la Kadebostany. C’est une sorte de pèlerinage !(Rires)

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–          Qu’aimez-vous à Paris ?

Kadebostan : Nous adorons le Palais de l’Élysée ! Je me suis fait construire un palais en Kadebostany qui est assez cossu… Je ne suis pas jaloux de l’Élysée, mais je le trouve quand même incroyable.

Le Palais de l’Élysée, 55 Rue du Faubourg Saint-Honoré, 8e.

www.elysee.fr

Amina : Il y a vraiment plein de musées incroyables ici : le musée Dapper, le musée Guimet et le Quai Branly.

J’avais vu une exposition au musée Dapper, consacré à l’Afrique ancienne et contemporaine, sur les sapeurs de la République Démocratique du Congo. Ce sont des hommes qui se retrouvent, par exemple dans un village, en montrant leurs plus beaux habits. C’est une pratique se rapprochant du style des dandys : la sapologie. La SAPE signifie « La société des ambianceurs et des personnes élégantes ». J’ai trouvé ça génial et très intéressant !

Musée Dapper, 50 Avenue Victor Hugo, 16e.

www.dapper.fr

J’ai été impressionnée par le nombre d’objets des civilisations d’Afrique, d’Asie, d’Océanie et des Amériques que contient le musée du Quai Branly. Il y en a peut-être même un peu trop, je me suis sentie perdue. C’est un très beau musée et son architecture est intéressante.

Musée du Quai Branly, 37 quai Branly, 7e.

www.quaibranly.fr

J’aime également le musée des arts asiatiques – Guimet.

Musée Guimet, 6 place d’Iéna, 16e.

www.guimet.fr

J’aime aussi les friperies Guerrisol dans lesquels on peut trouver plein de vêtements sympas.

Friperies Guerrisol, 17e, 18e, 9e.

guerrisol.com

 

Le Tumblr du groupe Kadebostany: kadebostany.tumblr.com

Leur page Facebook: www.facebook.com/Kadebostany

 

Merci cher Président, merci Amina. Ce fût un plaisir de vous recevoir en France et d’avoir pu échanger sur la culture et la musique de votre pays.


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