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L’endurance de la vie.

2 Déc

02/12/2010 – Funérailles d’hiver – Théâtre du Rond Point

Nous courrons tous après quelque chose pour en fuir d’autres : mot d’ordre de ses « funérailles d’hiver ». Sous un titre évoquant les larmes cette course effrénée nous entraîne vers les éclats de rire.

Simplicité manichéenne du point de départ : que faire lorsque la mort s’impose dans la vie ? Ici, les funérailles de la vieille tante Altée mettent en péril les noces tant attendues de la jeune Velvétsia. Impossible pour la famille de cette dernière de renoncer aux 800 poulets commandés pour l’occasion. Impensable de se mettre à dos l’acariâtre et omniprésente mère du gendre Popochenko. La défunte et son naïf fils unique attendront. Et quand ce vieux garçon orphelin face à ce deuil se met en tête de réunir la famille autour d’une tombe plutôt d’un banquet, il devient l’homme à éviter. Lui qui a mis toute sa vie de côté pour privilégier celle des autres est à son tour sur la touche. Une course effrénée qui nous entraîne aux limites de l’absurde en face de nos propres peurs.

Le public se retrouve forcément un peu sur la scène du Rond Point. Fuir les bonnes nouvelles des autres, pour ne pas affronter les siennes. Une galerie de personnages méchamment attachants qui ne manque pas de nous rappeler au bon souvenir de certaines personnes de notre quotidien, voir certains traits de nos propres personnalités.

Après le choc, le rire prend le relais sur la surprise. Les attitudes très réalistes des personnages rattrapent l’incongruité de certaines situations… L’envol d’une plage israélienne vers un sommet de l’Himalaya, la mort par pétomanie ou le gain de temps de vie par la course à pied : autant d’obstacles surmontés pour ne pas renoncer aux alliances des enfants. Car se sont les mères qui agissent, décident et haussent la voix. Les autres suivent. Réactions naturellement puériles devant cette soumission à ses corps difformes (femmes aux perruques et fesses surgonflées).

De douces régressions réduisent la dureté de certains thèmes. L’ange de la mort pince-sans-rire, la présence des ballons (notamment sur les postérieurs des filles) ou l’utilisation de marionnettes apaisent des situations qui pourraient être anxiogènes, comme le décès successif de plusieurs personnages durant la pièce. Fuite ultime : la mort. Celle ci n’est plus qu’un simple dégonflage qui prêterait à sourire. L’ange de la mort, un personnage cyniquement plaisant.

La mise en scène exploite les possibilités du théâtre. Elle joue avec les volumes. On parcourt une veillée mortuaire, un escalier d’appartement, une rue, une plage, un sommet enneigé et un banquet de noces. Les lumières sont vives ou tamisées, le son crie ou murmure, l’action nerveuse et douce. De quoi donner du relief a ces protagonistes hauts en couleurs.

De la ligne de départ à celle d’arrivée, cette comédie grinçante sait nous faire rire sans s’essouffler. Elle nous rappelle que la vie n’est qu’un sprint, même si parfois elle prend des allures de course de fond.

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