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Des monstres comme vous

3 Mar

03/03/2011 – Quelqu’un comme vous – Théâtre du Rond Point

Deux hommes sur une plage. Et l’ombre d’un monstre. Tout est résumé dans le superbe dessin de Stéphane Trapier, qui signe toutes les affiches du théâtre du Rond Point.

Les noms à l’affiche sont familiers: l’auteur, Fabrice Roger-Lacan est un célèbre scénariste et dramaturge et on connait évidemment tous la comédienne et réalisatrice Isabelle Nanty. Les deux acteurs, Jacques Weber, référence incontestée de la scène, et Bénabar, voix de la chanson française participent à rendre l’affiche attirante. Première au théâtre pour le chanteur qui donne la réplique à un un habitué des planches… la rencontre est osée et résume tout le contraste de la pièce.

Ce tête à tête nous confronte à d’effrayantes questions existentielles comme celle de la place de l’intérêt individuel face à l’intérêt collectif. Les personnages sont chacun « quelqu’un comme vous », ils ne portent pas de noms. D’un côté nous avons « quelqu’un », le grand patron égoïste et froid. De l’autre, « quelqu’un d’autre » inconnu perdu, impertinent et insistant. Cet homme de main qui apparaît d’abord comme un simple grain de sable insignifiant devient par la suite un lance pierre menaçant. Campé par Bénabar, il est le coup de soleil dont on ne se méfie pas mais qui s’avère plus dangereux qu’il n’y parait. Le schéma rappelant le mythe de David contre Goliath semble de prime abord simple, avant d’être maintes fois bousculé.

En effet, la pièce rompt rapidement avec tout manichéisme possible. Il n’y a ni gentil ni méchant, contrairement à ce que pourrait penser au début le spectateur. Le décor épuré, avec quelques dunes géométriques et des projections très réussies, met en exergue le jeu des acteurs, leurs questions, leurs doutes, leurs cris et leurs actions. Tout se concentre sur le texte : tout de suite prenant, on est emporté par l’intrigue. On veut savoir pourquoi, dans l’étendue d’une plage déserte, un inconnu s’accroche et s’agrippe à ce chef d’entreprise poli mais glacial. Malheureusement le jeu s’essouffle ensuite et on assiste à quelques clichés un peu simplistes comme celui du « riche patron sans scrupules » contre le « pauvre travailleur besogneux ». Il y a aussi des tentatives d’envolées pseudo-philosophiques que j’ai personnellement eu du mal à suivre (et je n’ai pas du être la seule aux vues de certains soupirs émanant des rangs derrières le mien) Puis l’action bascule, l’innocent opportun devient un mercenaire mesquin et le piège se referme.

Un texte cynique, des personnages ambiguës et des acteurs convaincants nous emmènent durant une heure (au-lieu d’1h30 annoncée ?!) dans une journée de vacances cauchemardesque. Ayant assisté à la première, je ne peux qu’espérer que les quelques lenteurs plombant le jeu des comédiens seront par la suite corrigées. Malgré les jugements déjà sévères de certains sur la pièce, rien que le jeu des acteurs, on peut se déplacer.

Du 3 mars au 10 avril, 21:00
Théâtre du Rond Point – salle Renaud-Barrault

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