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La farce politique de Dario Fo sur la scène du Théâtre 14

15 Mar

© Victor Tonnelli

Et si un puissant PDG se retrouvait dans la peau d’un ouvrier à la chaine ? C’est le postulat burlesque de l’auteur Dario Fo dans «  »Klaxon, trompettes… et pétarades », sur la scène du Théâtre 14 (14e). Ecrite pendant les années de plomb de la décennie 1970-1980, la pièce est contemporaine de l’enlèvement d’Aldo Moro, ancien président du Conseil, assassiné par les Brigades rouges.

Le texte fait explicitement allusion à cet événement tragique, qui a marqué la péninsule et l’opinion internationale, sans être le sujet central de « Klaxon… ». Le patron en question est tout simplement Gianni Agnelli, le PDG de la Fiat, le poids lourd de l’industrie transalpine. Amené à l’hôpital, on le confond avec Antonio, modeste ouvrier (chez Fiat !), celui-là même qui lui a sauvé la vie. Agnelli se réveille donc  avec le visage… d’Antonio !

 

« La farce est la seule chose qui fait peur au pouvoir »

Dario Fo utilise sa meilleure arme, le rire, pour dénoncer l’hypocrisie de la classe dirigeante italienne face à la supposée disparition d’Agnelli, les inégalités de richesses croissantes ou encore le dogmatisme des communistes locaux. Police brutale, justice aux ordres du pouvoir… Le tableau des représentants de l’autorité est peu glorieux. Le prétendu kidnapping d’Agnelli devient le prétexte à tous les excès du pouvoir, peut-être travaillé par sa mauvaise conscience de n’avoir pas pu ou voulu sauver Aldo Moro.

Dans la peau d’Antonio et de son sosie patron, Gilles Ostrowky se dédouble à merveille. Le personnage descend même dans le public pour expliciter le déroulement (parfois tortueux) de l’intrigue. « La farce est la seule chose qui fait peur au pouvoir », estimait Dario Fo, dans un entretien avec le metteur en scène Marc Prin en 2010.

© Victor Tonnelli

Mais le dramaturge ne s’intéresse pas qu’à la politique et à l’affrontement entre patronat et prolétariat. La pièce pointe aussi du doigt le machisme de la société transalpine, et l’hystérie entourant parfois les rapports homme-femme, dans la grande tradition de la comédie italienne. Un regret : une mise en route un peu lente dans le premier acte, qui manque de rythme. On rit beaucoup du contraste entre l’aristocrate entrepreneur Agnelli et un monde ouvrier et un environnement familial où il doit évoluer malgré lui, et qu’il déteste. Rosa, l’épouse d’Antonio, à la fois dévouée à l’extrême et totalement inconsciente, est interprétée avec brio par Céline Dupuis.

 

Infos pratiques

« Klaxon, trompettes… et pétarades », de Dario Fo, mise en scène de Marc Prin

du 12 mars au 27 avril

Théâtre 14 –  20 avenue Marc Sangnier (14e) – Tél : 01 45 45 49 77

Métro : Porte de Vanves; bus : 58 et 95; tramway T3 : Didot; station Vélib face au théâtre

Tarifs : de 6 à 25 euros

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