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Jacques le fataliste et son maître : un voyage intemporel

23 Mar

La troupe Les Tréteaux bleus sur la scène du Théâtre 12 dans l'adaptation de la célèbre oeuvre du philosophe Denis Diderot. Crédit : Michel VOUKASSOVITH

La troupe Les Tréteaux bleus sur la scène du Théâtre 12 dans l’adaptation de la célèbre oeuvre du philosophe Denis Diderot. Crédit : Michel VOUKASSOVITH

« Comment s’étaient-ils rencontrés ? Par hasard, comme tout le monde. Comment s’appelaient-ils ? Que vous importe ? D’où venaient-ils ? Du lieu le plus prochain. Où allaient-ils ? Est-ce que l’on sait où l’on va ? Que disaient-ils ? Le maître ne disait rien ; et Jacques disait que son capitaine disait que tout ce qui nous arrive de bien et de mal ici-bas était écrit là-haut. »


C’est avec cet incipit que Diderot débute son roman Jacques le fataliste et son maître, publié pour la première fois en 1796. Et c’est ainsi que s’interrogent les deux protagonistes au début de la pièce mise en scène et adaptée par Claude Gisbert au Théâtre 12.
Jacques et son maître voyagent. Le premier, joué par Claude Gisbert, est bavard, haut en couleurs, malin, et transgresse très souvent les règles qu’implique son statut de domestique. Le maître quant à lui, campé par Cédric Lanoët, tout aussi bavard, est plus naïf mais autant lié à son domestique que celui-ci l’est à son maître. Comme le souligne Claude Gisbert dans sa note d’intention :
« Ils se complètent à merveille. L’un couard, l’autre courageux, l’un débrouillard et l’autre maladroit, l’un riche, l’autre pauvre, l’un subtil et l’autre… un peu moins. »

Entre souvenirs, rencontres et philosophie
Au fil de leur périple, les deux compères se remémorent quelques épisodes de leur existence – frasques amoureuses, trahisons, déceptions amicales – et font de nombreuses rencontres. Ces dernières donnent lieu à de nouveaux récits, comme celui de la vengeance de Madame de la Pommeraye contre son amant le marquis des Arcis, raconté avec verve par la séduisante tenancière de l’auberge du Cerf, dans laquelle Jacques et son maître s’arrêtent pour dîner. De nombreuses figures féminines apparaissent d’ailleurs lors du voyage des deux hommes : Agathe, jeune bourgeoise dont s’est amouraché le maître, Justine, la compagne peu farouche d’un ami de Jacques, ou encore la mère et la fille d’Aisnon, utilisées par Madame de la Pommeraie pour mettre sa vengeance à exécution…
Prenant tous les deux plaisir à philosopher, Jacques et son maître se laissent aller tour à tour à des réflexions sur l’amour, l’amitié, la séduction, le bonheur, la déception mais avant tout sur ce fatalisme mis en avant par Jacques, persuadé que « tout est écrit là-haut ». Une critique que Diderot fait à l’époque de cette négation du libre-arbitre.

Une adaptation toujours actuelle
Adapter une œuvre classique, et qui plus est philosophique et datant de plus de deux cents ans, était un pari osé. Claude Gisbert relève le défi avec talent, prouvant que les thèmes évoqués par Diderot dans son roman sont toujours d’actualité. Qui sait en effet où le mènera exactement ce grand voyage qu’est l’existence ? Notre vie est-elle déjà écrite « là-haut » ou décidons-nous seuls de la direction que nous lui faisons prendre ? La fidélité est-elle possible en amour comme en amitié ? Ceux qui se ressemblent doivent-ils forcément s’assembler ?
Autant de questions posées tout au long d’une pièce hautes en couleurs, rythmée par des chants, des danses et des allers et retours dans le temps du récit exécutés par une troupe de comédiens talentueux et énergiques.  Et si l’action semble parfois perdre un peu de sa vitesse, ce n’est que pour nous rappeler qu’il ne tient qu’à nous de délaisser notre rôle passif de spectateur pour devenir acteur de notre propre existence.

Caroline Thabeault

À voir jusqu’au 29 mars sur la scène du Théâtre 12, du mardi au samedi à 20h30 et le dimanche à 15h30. Attention, du 25 au 28 mars inclus : représentation à 21h.
6, avenue Maurice-Ravel (12e).
Réservations : tél. 01 44 75 60 31
Réservations en ligne
Accès et infos pratiques

Distribution (compagnie Les Tréteaux bleus)
Adaptation et mise en scène de l’œuvre de Denis Diderot : Claude Gisbert
Assistant metteur en scène : Niccoló Rigutto
Comédiens : Claude Gisbert, Cédric Lanoët, Sandy Farhi, Maud Galet-Lalande, Laetitia Richard, Denis Lefrançois, Dimitri Michelsen
Costumes et décors : Frédéric Morel

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