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Histoires de goûts : une famille iranienne

14 Oct

Qu’est-ce qu’une bonne éducation? Chaque culture a sa réponse.

J’ai posé la question à Mina, jeune maman d’origine iranienne, qui vit à Paris depuis huit ans et a mis au monde des jumeaux aujourd’hui âgés de 18 mois : Shadi et Bahman. Ils vivent aux abords du parc des Buttes Chaumont avec le papa Babak que je n’ai pu voir le jour de ma rencontre avec Mina et les enfants car il travaille beaucoup. Les petits vont à la crèche trois fois par semaine, ce qui laisse le temps à Mina, graphiste de formation, de souffler et de réfléchir à sa reconversion dans la céramique.

Tout en buvant un café accompagné de pâtisseries iraniennes, nous avons donc parlé famille, éducation, partage de la culture d’origine et cuisine. Mina m’a donné la recette d’un plat iranien traditionnel : le Khoresht Karafs (sauce au céleri) que je me suis empressée de préparer de retour chez moi et que j’expose en photo à la fin de ce post. Bonne lecture !

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« Mina, comment se passe le quotidien avec des jumeaux? Nous avons de la chance car les enfants ont obtenu une place en crèche sans difficulté. Ils y vont trois fois par semaine entre 10H et 16H. Comme Babak et moi n’avons pas de famille à Paris, cela me permet de respirer un peu. Parfois, je dépose un seul bébé et je m’occupe exclusivement du frère et vice versa, comme ça, je profite pleinement de l’un et de l’autre, cela me permet de mieux les connaître, de manière individuelle. Depuis que les garçons vont à la crèche, nous avons fait la connaissance d’autres parents avec lesquels nous sommes devenus amis, c’est très appréciable.

Avez-vous contacté une association de parents de jumeaux? Oui, mais je n’ai pas trouvé le temps de profiter de leurs services. J’ai reçu de la documentation qui m’a été bien utile, notamment concernant l’allaitement qui n’est pas aisé avec des jumeaux.

Quelle place occupent vos origines iraniennes dans l’éducation de vos enfants? Il est très important pour moi que les petits connaissent leurs origines iraniennes. L’acquisition du persan que Babak et moi leur parlons est fondamental. Et puis, on écoute des chansons en persan, on leur raconte des contes traditionnels iraniens tels que les histoires et chants traditionnels « Jomjombarg Khazoon ». Je cuisine à l’iranienne car je souhaite qu’ils apprennent les goûts du pays. De plus, nous allons en Iran afin qu’ils sachent d’où ils viennent. Je viens du Sud de l’Iran, dans le désert, tout près du Golfe persique. Je voulais qu’ils voient les hectares de champs de pistaches qui y fleurissent en septembre et qui me rappellent tant mon grand-père aujourd’hui décédé. En septembre dernier, nous avons cueilli les pistaches avec les enfants qui couraient dans les champs, c’était merveilleux. Chaque année, toute ma famille se retrouve non loin de Chiraz, c’est pour moi l’occasion de revoir ma grand-mère âgée de 80 ans et tous mes cousins. C’est toujours la fête, nous faisons de la musique et chantons toute la nuit, à commencer par la chanson populaire des années 40 « Mara Beboos » qui signifie embrasse-moi et qui raconte l’histoire d’un père qui fait ses adieux à sa fille et veut l’embrasser pour la dernière fois. Quand les familles iraniennes se retrouvent, elles chantent cette chanson. Je la chante aux enfants, c’est très doux comme une berceuse.

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Où retrouvez-vous l’Iran à Paris? Nous allons dans la rue des Entrepreneurs dans le 15ème arrondissement. Il y a des supermarchés où on peut trouver des grenades notamment, très importantes dans la cuisine iranienne, et des restaurants iraniens. Le dimanche, nous allons parfois déjeuner dans un des restaurants du quartier. Quand nous voulons écouter de la musique, nous dînons et dansons dans un restaurant irano-arménien de la rue Mouffetard.

Vous souvenez-vous de vos premières impressions à votre arrivée à Paris? La ville m’a plu tout de suite. Babak qui vivait déjà à Paris m’a présenté ses amis qui m’ont accueilli chaleureusement. J’avais entendu que les Français étaient froids or, on m’a toujours aidé et bien qu’étrangère, je ne me suis jamais sentie comme une étrangère.

Avez-vous des principes éducatifs? Non, pas vraiment. J’aimerais que mes fils soient indépendants, j’essaie de leur transmettre l’amour de l’humanité et deux qualités qui me semblent importantes : la franchise et le respect de l’autre.

Quelles activités faites-vous en famille? Dès qu’on peut, on part en ballade en forêt ou on s’aère à la campagne chez des amis. A Paris, nous allons beaucoup au parc des Buttes Chaumont, on marche, on joue au ballon, les enfants s’ébattent dans le bac à sable. On a l’intention de commencer à aller à la piscine.

Quel est le rituel du soir? Les enfants prennent leur couverture, leur doudou et on leur lit une histoire. Ensuite, on leur donne un biberon, c’est l’instant câlins, j’en prends un dans mes bras, Babak câline l’autre. Je chante une berceuse puis on les dépose dans leur lit.

A quoi ressemblera la célébration de leur prochain anniversaire? On organisera une petite fête avec des enfants de leur âge.

Quels souvenirs gardez-vous de votre enfance Mina? La séparation de mes parents. A l’âge de neuf ans, ils se sont séparés et cela m’a beaucoup marqué. Mon père est parti, je me suis retrouvée seule avec ma mère et il s’est remarié alors que je ne m’y attendais pas… Et puis j’ai connu huit années de guerre, la guerre Iran-Irak qui a commencé alors que je n’avais que trois ans … Je garde en souvenir le retentissement des alarmes annonçant l’imminence d’un bombardement, je me vois descendre dans la cave, on avait peur que la bombe tombe sur notre maison. Une fois, la bombe est tombée tout près de chez nous, j’avais dix ans… Alors que j’avais onze ans, les écoles ont fermé, on étudiait à distance grâce à la télévision.

Je garde en mémoire des choses positives aussi. Par exemple l’odeur de la terre après une averse. En Iran, il pleut peu mais quand cela arrive l’odeur de la terre qui se lève est vraiment caractéristique. J’adore la neige à Téhéran où j’ai grandi. La ville est recouverte d’un manteau blanc, je me souviens des bonhommes de neige et du fait que les écoles fermaient parfois quand on ne pouvait circuler. La neige me manque à Paris.

En quoi votre enfance est-elle différente de celle de vos garçons? Moi, j’étais entourée de ma famille malgré la séparation de mes parents. Cela me manque aujourd’hui à Paris. Norouz (célébration du nouvel an) était l’occasion de se retrouver chez les uns et chez les autres, mes enfants ne connaîtront pas cela. J’ai reçu beaucoup d’amour de ma famille, eux reçoivent de l’amour de leurs parents et de nos amis, c’est comme ça, c’est différent … L’amour de la famille est différent de celui qui vient des amis. Et puis, les Iraniens sont très sentimentaux, ils sont plus démonstratifs dans leur façon d’exprimer leurs sentiments.

Ce qui est bien, c’est qu’ils ne connaîtront pas tous les interdits inhérents à la société iranienne, je peux citer des dizaines d’exemples. Après la révolution, les Iraniens ont appris à adopter une attitude particulière en société, différente de leur comportement à la maison. Concernant l’alcool ou l’organisation de fêtes par exemple, qui sont prohibés en Iran, les gens doivent mentir. Sous Khomeiny, je me souviens que les petites filles ne pouvaient pas porter de chaussettes de couleur. Moi qui suis graphiste de formation, je ne pouvais pleinement m’exprimer dans mon travail … »

Merci Mina !

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Recette du KHORESHT KARAFS selon Mina

Ingrédients pour 4 personnes:

– 500 g de viande de bœuf, d’agneau ou un poulet fermier

– 1 gros oignon

– 1 pied de céleri

– du persil plat

– des feuilles de menthe

– 1 verre d’eau

– du safran

– sel, poivre

– citron persan (voir photo) ou jus d’un citron jaune

Préparation: 20 mn – cuisson : 30 mn

Découper la viande en morceaux;

Émincer l’oignon, couper le céleri en petits morceaux de 2cm environ, hacher le persil, la menthe, les feuilles de céleri;

Dans une casserole, faire dorer les oignons et la viande dans un fond d’huile;

Quand la viande est cuite, ajouter les morceaux de céleri ainsi que le persil, la menthe et les feuilles de céleri hachés;

Ajouter le citron persan ou le jus de citron jaune à doser en fonction du goût de chacun;

Ajouter le safran puis un verre d’eau;

Saler, poivrer puis couvrir et laisser cuire 30mn;

Vérifier la cuisson et l’assaisonnement;

Servir chaud accompagné de riz blanc. Déguster en écoutant le morceau « Mara Beboos » magnifiquement interprété par Hasan Golnaraghi (en écoute sur ce post).

Nusheh Jân!    نوش جان

 

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