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Portrait d’une maman engagée

28 Oct

Jeune femme de 26 ans originaire de Côte d’Ivoire, Synthia est une maman engagée. Elle est investie dans l’éducation de sa fille Sarah, âgée de 8 ans, en tant que représentante de parents d’élèves, et plus largement, dans le cadre du quartier des Amandiers où elle a mis en place des activités destinées aux familles. Un dimanche sur deux, elle donne rendez-vous aux familles afin que parents et enfants « bougent ensemble ». Au programme : marathon dans les rues du quartier, corde à sauter, jeux de ballon. Qu’il pleuve, qu’il neige, qu’il vente, Synthia et Sarah sont là! Le premier rendez-vous a eu lieu mi-octobre, il pleuvait à verse et pourtant 4 familles étaient présentes, j’y étais, c’était formidable !
Mais où Synthia puise-t-elle toute son énergie ?


« Synthia, pouvez-vous nous parler de votre engagement dans l’école de Sarah et au sein du quartier des Amandiers? Quand Sarah a fait son entrée au cours préparatoire, une maman de l’école m’a demandé si je voulais me présenter aux élections de représentants de parents d’élèves. J’ai accepté. Au début ma démarche était égoïste, tournée uniquement vers Sarah, je voulais connaître les coulisses de l’école, avoir des informations sur ce que je ne voyais pas quand ma fille était à l’école. Alors j’assistais juste aux conseils d’école. Et puis, j’ai observé les parents de l’école et du quartier et j’ai noté le manque de dialogue et de cohésion entre les familles, j’ai constaté l’absence de présence parentale, cela m’a attristé, j’ai senti un malaise. Vous savez, dans mon pays, les gens communiquent, tout le monde se connaît, les rapports humains sont très différents de ce que j’ai pu observer à Paris. Dans les parcs, j’ai remarqué que les parents ne communiquaient pas avec les autres familles, souvent, ils restent assis sur un banc … Un jour, je faisais du roller avec Sarah, j’avais mis en place une espèce de jeu de piste et nous avons été rejointes par un, puis deux puis trois enfants qui voulaient s’amuser avec nous. En 2010, je suis rentrée en Côte d’Ivoire pour les vacances, j’ai acheté une balle, des cordes à sauter et on a passé nos journées à s’amuser avec les enfants des environs, avec un budget ridicule, c’était la fête! Du coup, à plusieurs reprises, les gens m’ont dit « mais pourquoi n’organises-tu pas quelque chose? »….

Et alors? J’ai décidé d’organiser des activités, de donner rendez-vous aux familles de l’école un dimanche sur deux. J’ai discuté avec un papa de l’école de Sarah, on a réfléchi aux jeux à mettre en place et on s’est dit qu’avec un tout petit budget, on pourrait amuser les enfants et les parents.

En effet, lors de la première séance, tout le monde s’est amusé, enfants comme adultes! Et oui, on a tous gardé notre âme d’enfant. Les adultes peuvent s’amuser en sautant à la corde, en jouant au ballon. Moi, quand je vois des enfants, j’ai envie de jouer, j’aime l’idée d’évoluer avec mon enfant ! Je tiens ce côté joueur et investi de mon père ! Il était directeur d’une école en Côte d’Ivoire et il aimait organiser des activités. Je me souviens qu’il avait créé un jardin dans un champ proche de l’école, les parents et les enfants s’occupaient du potager du jardin tous les samedis, on faisait pousser du manioc, des salades, du gombo, des tomates, des aubergines … Les familles se retrouvaient et bêchaient ensemble.

Les jeux d’enfants de P. Bruegel (1560)

Comment parvenez-vous à concilier vies familiale, professionnelle, associative? Je suis hyperactive mais pour pouvoir tout mener à bien et surtout pour pouvoir être le plus possible avec Sarah, j’ai fait le choix de travailler à temps partiel. Au sortir de mes études, j’ai cherché un emploi à temps partiel ! Ce choix est un sacrifice car financièrement, nous ne roulons pas sur l’or, je ne voyage pas, je ne sors pas tous les soirs avec mes amis mais l’essentiel est que je vois mon enfant grandir.

Synthia, parlons éducation, avez-vous des principes éducatifs? Mon père et ma mére m’ont transmis la notion de respect de l’autre et d’honnêteté au sein de la famille, en société. Avec Sarah, j’évite d’asséner des nons catégoriques. Quand elle se retrouve dans des situations compliquées, nous essayons de trouver ensemble une solution.

Quelle place occupent vos origines ivoiriennes dans votre quotidien (éducation bilingue, partage de votre culture)? Je pense que la transmission de la culture passe par la maîtrise de la langue de cette culture. Or, je ne parle pas de langues parlées dans mon pays d’origine. J’ai vécu en Côte d’Ivoire jusqu’à l’âge de 9 ans mais je ne parle ni la langue de mon père d’origine bété, ni celle de ma mère qui parle le dida. Je ne parle pas non plus le dioula, langue parlée dans le quartier dans lequel j’ai grandi. Mon père voulait que je parle bien le français et comme il ne parlait pas la langue de ma belle-mère avec laquelle j’ai vécu une partie de mon enfance, on parlait français à la maison. Ce qui me relie à mes origines, c’est la cuisine. Sarah adore la sauce graine (à base de jus de palme) et la sauce à base d’arachide. Quand on va déjeuner chez ma mère, elle nous prépare du placali (plat à base de manioc).

Quelles activités faites-vous avec Sarah? On aime regarder des films pour enfants, j’ai une carte de cinéma dont on profite bien. On dessine, j’ai récemment acheté un piano numérique alors nous faisons de la musique. On va à la piscine, ce qui me permet de faire du sport avec ma fille. J’aime organiser des pique-niques avec mes amis dans le parc des Buttes Chaumont ou sur les pelouses du Champ de Mars. Et puis, on fait du roller sur les Quais de Seine fermés à la circulation voiture le dimanche. Et on rencontre des amis qui ont également des enfants, comme ça, grands et petits se retrouvent.

Que faudrait-il faire pour que Paris soit plus agréable à vivre en famille? J’aimerais tout simplement que les gens soient plus sympathiques, plus citoyens. Mais bon, j’apprécie certaines évolutions de la ville et notamment ce qui a été fait sur les quais de Seine, j’aime l’idée de passer de quartiers en quartiers qui ont tous leur particularité. Et puis, je trouve qu’il y a tout plein de choses à faire à Paris, beaucoup sans avoir nécessairement à débourser beaucoup d’argent, notamment des expos. Je consulte parfois le site « on va sortir ! » qui est très intéressant. Quel que soit le temps, Sarah et moi sortons. On se lève le matin et on se demande: qu’est-ce qu’on pourrait bien faire aujourd’hui ? »

Merci Synthia!

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