Paris.fr
Accueil
Archive | LAINÉ Daniel RSS feed for this section

15e, Daniel Lainé au Collège André Citroën, 208 rue Saint Charles

16 Avr

Proviseur : Christian Billman
Documentaliste : Agnès Cornet
Professeur d’arts plastiques : Michel Nohé

Le 13 février 2012, Agnès Cornet, documentaliste du Collège André Citroën, accueille Daniel Lainé au sein du CDI où est installée sa photographie intitulée « Chef Ogbrife Nwakaibe, Nigéria » (1988-1989).

L’artiste raconte l’histoire de cette œuvre et répond aux questions des élèves de 5ème de la classe de Michel Nohé.

Daniel Lainé répond aux questions des élèves.

Daniel Lainé : Cette photographie est issue d’une série que j’ai commencée en 1988 durant un voyage en Afrique. Je voulais faire le portrait de tous les chefs africains. Ce travail inédit a été publié dans un livre en 1991 et a été exposé avec beaucoup de succès. Ce chef Ogbrife Nwakaibe porte une coiffe, création originale et symbolique de la beauté du pouvoir. Chaque chef a sa propre coiffe qu’il porte tout le temps.

Un élève : Pourquoi avez-vous fait ce travail sur les chefs africains ?

Daniel Lainé : Je suis souvent allé en Afrique. On dit que l’Afrique n’a pas d’histoire et on ne parle que des guerres et des famines. Je voulais parler de cette richesse esthétique et montrer l’Afrique historique et culturelle si peu médiatisée.

Est-ce que les chefs sont gentils ?
Oui en général. Certains sont indifférents et d’autres sont honorés qu’un homme blanc s’intéresse à eux. Les rois d’Afrique sont très difficiles à approcher, encore plus à prendre en photo. Aucun n’a demandé d’argent. Un chef traditionnel est sacré, c’est un mélange de pouvoir religieux, de justice et de politique. Il règle les problèmes concernant la terre, le mariage, le voisinage. C’est à la fois un conseiller et un juge. Il entretient des rapports étroits avec la magie. Mais souvent, les chefs ne veulent pas être rois parce qu’il s’agit d’une prison dorée.

Comment vous faites pour rencontrer les rois ?
Avec un fixeur, c’est-à-dire un intermédiaire. Il faut toujours rencontrer un maximum de personnes, expliquer ce que l’on veut faire et pourquoi.

Vous en gardez un bon souvenir ?
C’est plus que ça, c’est un voyage. Rien ni personne n’est là pour faciliter ton voyage, c’est toi qui le construit. Les routes sont mauvaises, la vie y est dure. De plus, la photographie et les appareils sont mal vus en Afrique.

Vous voyagez seul ?
Tout seul.

Les rois sont toujours des hommes ?
Oui. J’ai vu une reine, celle de la pluie en Afrique du Sud.

Les rois ont des femmes ?
Les hommes chefs ont chacun 10 ou 15 femmes. Chaque nouveau chef hérite des anciennes femmes du chef précédant et en choisit aussi de nouvelles.

A quel endroit pose le roi de cette photographie ?
A chaque fois que je photographiais un roi, c’était devant ou dans son palais. Ici nous sommes chez lui, derrière lui on devine une table. Ce roi est mort depuis et son fils m’a retrouvé 20 ans plus tard.

Comment avez-vous obtenu ce fond presque noir ?
Avec un temps de pose très long pour pouvoir saisir cette faible lumière. Il est assis devant la fenêtre, seule source de lumière. Essayez chez vous !

Comment êtes-vous devenu photographe ?
J’ai fait ce métier pour voyager. Rencontrer des gens, vivre une vraie aventure avec des pannes de voiture, des galères de routes, des rencontres imprévues, bref c’est bien plus que du tourisme. Je suis souvent allé à Madagascar, en Amérique du Sud, dans les pays asiatiques. Ce que j’aime c’est voyager, la photographie c’est au deuxième plan.

Comment vous avez fait pour avoir une famille ?
Je réalise maintenant des documentaires pour la télévision ; comme ça, je reste plus souvent à Paris.