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Archive | 5 octobre 2011

Göksin Sipahioglu, un grand bonhomme s'en va

5 Oct

Un grand « bonhomme » s’est éteint aujourd’hui. Göksin Sipahioglu, photographe, journaliste-grand reporter et fondateur de l’agence SIPA, s’en est allé à 84 ans, laissant derrière lui une grande famille désormais orpheline d’une des figures incontestées du milieu de la photo.

Göksin Sipahioglu durant un reportage au Cambodge. Crédits : SIPA

Tout commence très tôt pour Göksin Sipahioglu. Vers 10, 12 ans, il écrit et enquête déjà sur sa ville, Istanbul. La vocation est là, jamais elle ne la lâchera. Entre écriture et photographie, sa carrière est jalonnée de scoops que lui seul est capable de réaliser tant il sait être là où il faut être : En 1956, à 29 ans, il photographie des blessés égyptiens mourants dans le Sinaï.

Göksin est également le premier journaliste turc à entrer en pays communistes comme la Tchécoslovaquie en 58 ou en Chine en 65. Entre-temps, il photographie l’Albanie d’après-guerre en 61. Est le premier journaliste à entrer à Cuba lors de la crise des missiles en 62, dont les photos font plus de 40 couvertures americaines. Paris et ses barricades en mai 68.

Etre le premier à voir et à transmettre, telle était son éternelle préoccupation. Il parcourt ainsi le monde, figeant sur la pellicule les maux de celui-ci avec la plus grande indulgence et propose ses clichés au regard via le quotidien Hürriyet, leader en Turquie.

Légionnaires ouvrant le feu contre les opposants et le photographe. Djibouti, mars 1967. Crédits : SIPAHIOGLU/SIPA

Nigeria, Lagos,1964. Crédits : SIPAHIOGLU/SIPA

Djibouti, Mars 1967. Lors du référundum de l'indépendance. Crédits : SIPAHIOGLU / SIPA

Djibouti, mars 67. Caricature hostile à de Gaulle avant le rérerendum d'indépendance. Crédits : SIPAHIOGLU / SIPA

Chine. Crédits : SIPAHIOGLU/SIPA

Dans l’interview qui suit, Göksin Sipahioglu nous parle des émeutes parisiennes de mai 68 qu’il a couvert.

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Une divergence avec le propriétaire de Gamma qui ne voyait pas l’intérêt d’un sujet proposé par Göksin, motiva l’envie de ce dernier à monter sa propre agence. Animé par ce puissant besoin d’informer le monde, Göksin Sipahioglu crée l’agence SIPA accompagnée de Phyllis Springer sa compagne : Officieusement en 1969, par manque d’argent, officiellement en 1973 grâce à la générosité d’un ami arménien.
C’est le début d’une magnifique aventure qui durera 30 ans avec à la tête de cet empire, cet impressionnant personnage, journaliste dans l’âme, curieux de tout, audacieux et que nul ne saurait détester malgré un caractère bien trempé. Ouvert, laissant à chacun le droit de s’exprimer, il a ce don de découvrir de vrais talents : Reza, Olivier Jobard ou Alexandra Boulat … sont « ses enfants » comme il aimait à le dire. Comme lui, ils sont devenus de grands noms du photo-journalisme.

Un matin à l’agence, tôt, alors que je lui propose un café qu’il ne prendra pas, il me dit au détour de la conversation « Que faire d’autre que d’être là ». Sa vie, ses amis, « ses enfants », tout le rattache à son agence. Elle était sa vie, son bébé. Tous ceux qui ont travaillé avec lui diront qu’il est impossible de trouver dans sa vie professionnelle autre personnage plus charismatique que cet homme là. Grande chance ont-ils d’avoir côtoyé un regard si juste, un esprit si pertinent. Un seul de ses conseils ou des remarques critiques étant à graver précieusement dans leur esprit tant leurs valeurs faisaient foi. Il avait souvent, presque toujours raison, aussi énervant cela pouvait-il être.

Crédits : SIPA

Mauvais gestionnaire, reconnaît-il lui même, mais si bon journaliste. Visionnaire, sur bien des points, beaucoup de flair, charmeur, un peu « loulou » mais en costard, et pour la bonne cause, celle du journalisme, il se laissera dépasser (croit-on), par cette crise de la presse. Mais là encore il a une vision précise et intelligente du tournant à prendre. Le photo journalisme pour la gloire, parce qu’il coûte cher et que les finances ne sont plus là, se servir des nouvelles technologies et se résoudre à devenir une agence généraliste. Parce qu’une certaine presse, celle qui plaît tant et que tout le monde décrie mais qui caracole au sommet en terme de tirage tant la demande est forte, détrône la presse d’actualité.

Il dirige donc, à contre coeur et malgré tout, son agence en ce sens jusqu’à son départ en 2003, deux ans après son premier rachat.
Coïncidence ou mauvais hasard, l’agence de nouveau rachetée il y a quelques semaines par l’agence de presse allemande DAPD, vit depuis quelques heures les derniers moments d’une histoire écrite par un monstre sacré.
Une vraie page se tourne …

Crédits : SIPA

 

Agence SIPA PRESS

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Tel +33 (0)1 47 43 47 43  

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