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Marc Held, architecte-designer génial, photographe tout aussi génial !

13 fév

« Aux bains Deligny », Paris, 1960. Copyright : Marc Held

« Aux bains Deligny », Paris, 1960. Copyright : Marc Held

Il est bon de temps à autre de jeter un œil dans le rétroviseur avant d’aborder les œuvres aujourd’hui, histoire de ne jamais perdre de vue ce qui s’est écrit ou photographié avant.
Marc Held, un nom que les amateurs de design connaissent bien, fait partie de ceux dont les photographies méritent quelque mise en lumière.

Avec son Leica, Marc Held explore l’humain entre 20 et 30 ans dans les années 1950 et 1960.
Tout comme il sera plus tard, sans avoir jamais suivi la voie académique, nommé Architecte par l’Etat, pour la force des ses idées révolutionnaires et celle de de son talent de pionnier du design, il photographie en autodidacte.
Marc Held adopte sans le savoir une démarche d’auteur, presque comme une anti-démarche.

La Voz’ Galerie nous fait découvrir le regard d’un photographe qui a rendu compte, en noir et blanc, du monde qu’il a connu quand il avait vingt ans et dont les clichés viennent enrichir la diversité des points de vue sur la photographie humaniste, souvent restreinte à quelques grands noms. Marc Held, poussé par le désir de témoigner et l’empathie pour ses modèles a en effet capturé , durant dix ans, le monde qui l’entoure : le Paris des Pauvres de l’après guerre, les manifestations politiques, des enfants à l’étude, aux jeux, au manège et chez guignol, des adultes à la plage, la Corrèze de son enfance, les colonies de vacances, les manifestations de 1958… Sa photographie suggère plutôt qu’elle ne décrit, donne à voir un monde où règnent les valeurs humanistes qui lui sont chères.

« Deux canotiers », Italie, 1960. Copyright : Marc Held

« Deux canotiers », Italie, 1960. Copyright : Marc Held

 

Photographe humaniste, influencé sans doute dans ses origines sociales populaires, Marc Held a 18 ans quand il prend ses premières photographies. L’empathie a été son moteur pour photographier ces gens simples et démunis, mais unis par une immense solidarité et ainsi que par l’espoir qui fait cruellement défaut aux nouvelles générations d’un monde meilleur, plus fraternel.
Touché et ému par la beauté de ces caractères forts qui se forgent dans l’adversité et l’insécurité, porté par les idéaux de sa famille il oeuvre à sa manière pour un monde meilleur un appareil photo en bandoulière. Il placera toujours l’humain au cœur de son travail. Il dira plus tard à propos des maisons qu’il construit : « Je fais une maison adaptée à son environnement mais surtout adaptée à l’idée que les propriétaires ont d’eux mêmes que j’essaie d’extraire par des conversations ».

Sa photographie est telle une empreinte humaniste et photonique de la population, d’une époque, de l’humain. Ses photographies deviennent des fragments précieux de réalités archivées, témoignages rares aujourd’hui qui sont offerts au spectateur. Cette passion pour les petits gens, son empathie et sa sympathie, lui feront allier le populaire et la modernité.

Il n’est pas encore architecte mais fonctionne déjà comme tel, ses photographies sont composées, réfléchies construites, presque bâties. Ce constructivisme structurel s’inspire du Bauhaus. Sa manière fondamentale de saisir l’espace temps, la singularité précise de chaque individu à un moment précis dans un espace défini transforme la figure qui devient une manière d’occuper l’espace de manière significative. La scène photographique qu’il offre, naît d’une extrême concentration que demande le déclic à la fraction de seconde près. C’est cette intuition du bon moment qui lui permettra d’enregistrer la construction du réel, l’instant composé pris sur le vif, presque de manière antinomique. Ce sens de l’instant décisif dictera toute sa carrière vers le design et l’architecture pour laquelle il sera salué dans le monde entier.

Une photographie de la joie de vivre aussi, qui reflète les années 50-60, où la joie de vivre est emblématique d’une époque, où émergent les sentiments exaltants de liberté, d’utopie. Parfois, dans certaines photographies l’on ressent ce sentiment heureux d’être un moment acteur, cette prise de conscience des gens photographiés de devenir le thème d’une photographie. Une joie, un moment de liberté, un sentiment de bonheur que l’on voit moins aujourd’hui, une simplicité heureuse et pleine d’espoir.

Une forte émotion esthétique se dégage de ses photographies. Une grande sensualité se dégage de certaines oeuvres, c’est cette élégante sensualité mêlée au fonctionnalisme, que l’on retrouvera par exemple dans le Primo Culbuto, son fauteuil culte.
Cet esthétisme savamment construit par la lumière nous donne l’impression d’un arrêt sur image cinématographique, d’une beauté dont on se délecte.

Son intérêt pour le jazz et la musique classique imprègne également ces photographies. Les sons, les rythmes, les volumes, les matières, les courbures nous inscrivent parfois dans un univers entre musique et danse, entre symphonie, orchestration et ballet. Ses photographies deviennent une chorégraphie des êtres dont on perçoit presque la musicalité.

En remontant le temps à l’aube de sa vie, on découvrira que toute ou une grande partie de ce qui fera la vie brillante qu’on lui connaît, était inscrit dans ces photographies, prises dans la plus pure spontanéité et insouciance, sans démarche précisément.

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« Marc Held Photographies, un plongeon dans les années 50″ jusqu’au 29 mars 2014

VOZ’GALERIE
41 rue de l’Est 92100 Boulogne
Entrée libre
Exposition sur deux niveaux
du mercredi au samedi de 14h30 à 19h30 et sur rendez-vous
La VOZ’Galerie est membre de l’association Carré sur Seine.

« Les Fleuristes », Italie, 1960. Copyright : Marc Held

« Les Fleuristes », Italie, 1960. Copyright : Marc Held

 

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One Response to “Marc Held, architecte-designer génial, photographe tout aussi génial !”

  1. Rapideo 19 février 2014 at 13 h 23 min #

    Ce mélange d’architecture et de photo est très sympa. Comme Nina, je ne connaissais pas non plus.

    Merci pour la découverte, je crois que Marc Held va faire parti de mon top 20 ^^

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