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Robi : on a écouté en boucle son album "L'hiver et la joie"

5 Fév


Un an après ce jour d’hiver glacé où nous l’avions rencontrée, Robi sort son premier album « L’hiver et la joie » réalisé par et avec son bassiste Jeff Hallam, et forcément… on a plongé dedans! On en est ressorti avec quelques bleus à l’âme et quelques coups au coeur. On a eu le palpitant pantelant, on a voulu reprendre souffle, implorer une pause, on n’a pas pu. On est allée jusqu’au bout. On a cru traverser quelques cercles dantesques, avant de parvenir enfin, en bout de course, épuisé et haletant, à quelques lueurs diffuses…

Dès la première piste, on sait irrévocablement qu’on se mettra au diapason de cette marche cadencée, volontaire. Au tempo de la basse, on suivra les pas martelés, les coups assénés, on n’y échappera pas. Que nous dit cette femme qui « ses larmes bues se relève au levant »; qu’on ne meurt plus d’amour, qu’on répète à l’envi, nos amours errantes mais passionnantes chaque fois un peu plus meurtrie mais pas encore à l’agonie. Car où sommes nous mieux que dans ses bras. (Où suis je ? ) Une pause puis chaque morceau nous attrape au lasso de sa rythmique entraînante. Relève toi et marche, marche encore, cours, perds des plumes, ride toi mais continue, avance, as tu le choix ? (Tout ce temps) C’est la course effrénée de la condamnée, héroïne frénétique qui balance ses hanches. Mais « tout ce temps là sur moi qu’on y touche pas ». Côté mélodies, Robi travaille avec le bassiste Jeff Hallam depuis trois ans. Ils offrent des mélodies entêtantes d’un rock épuré, ponctué d’électro-pop et de new-wave. Les accords sont secs, marqués, la guitare et la batterie majoritaires. Et c’est de là d’où vient la joie ou du moins l’entraînement permanent, la vivacité des airs, les riffs énergiques qui excitent les sens et insufflent vitalité aux morceaux.

Robi, le roseau qui plie mais ne se rompt pas, martèle la route aride de danses frénétiques (épileptiques?) sur une musique hypnotique. La femme en blanc et noir qui contient toutes les nuances des autres couleurs, la femme qui plonge et se relève à la fois, à l’image du visuel de son album réalisé par le merveilleux photographe Frank Loriou (qui a déjà commis de superbes pochettes Murat, Alexis HK etc..).

Est-elle une sorcière Robi, une prêtresse antique qui aurait droit de vie sur ses victimes, une femelle arachnéenne qui tue ses amants pour s’en sauver. (Je te tue) Sibylle moderne, parfois on se demande ce qu’elle veut nous dire Robi. On tend l’oreille, on repasse la piste, qu’est ce qui se terre dans sa tête et ressort en phrasés ésotériques, en lancinantes et récurrentes formules. Dans le flot de mots de la piste 7 et dans les frappes du tambour, on parvient à saisir l’aveu ; le monstre est moitié d’elle, tapi dans ses failles « ma moitié mon meilleur ennemi… » Elle nous gratifiera d’une incroyable reprise de Trisomie 21, « Il se noie » tellement appropriée à son univers qu’on la croirait sortie de son répertoire. Elle invite un autre chercheur de lumière(s), magnifique Dominique A, à cheminer avec elle (Ma route). Mais les routes restent parallèles et dans ce duo orgasmique qui monte, qui monte, on attend l’explosion commune, elle ne viendra pas. Avec Robi on reste dans la retenue, dans ce qui se dit à mi mot, se repère à foison mais jamais ne se crie. C’est avec classe qu’elle livre une identité tourmentée.

Il faudra attendre la 10e morceau pour entrevoir la lumière « Viens voir le jour dans sa lumière (Cherche avec moi), un accompagnement amoureux accepté, demandé même. Unir deux solitudes et marier ses blessures, mais tendre la main … « Je suis « belle » et bien celle en morceau, en parcelle que tu veux rassembler pour mieux me ressembler…  » Parce que… « on a vu souvent Rejaillir le feu De l’ancien volcan Qu’on croyait trop vieux… » (Brel)

Copyright : Franck Nardin

Et puis il est étonnant ce dernier morceau (Ou pour toujours). Il s’arrête puis continue dans un autre rythme, une autre ambiance et finit en incantation à la mort! Mais Robi ne part pas tout à fait elle reste à nous hanter et on clique à nouveau sur la 1 la 2 la 3…. et c’est reparti. Robi nous fait cuire à petit feu… Elle pourrait finir par nous taper sur les nerfs à force d’asséner, de ressasser, d’intimer ses sentences noires, elle pourrait nous lasser de ses paradoxes et de ses oxymores, à force d’aller là où on n’a pas toujours envie d’aller, de gratter les croûtes, elle pourrait trop nous rappeler quel vide gronde parfois, quel absurde revêt nos vies. Nous pourrions arriver à la détester parce qu’elle nous murmure ses failles qui sont aussi les nôtres. Mais comme une victime à son bourreau qui, malgré elle, s’attache, on écoute et on repasse le cd en boucle, jusqu’à… l’exutoire. Le charme a pris, l’envoûtement réussi.

En l’écoutant je n’arrêtais pas de penser à ce héros mythologique qui fut condamné à faire rouler éternellement un rocher jusqu’en haut d’une colline dont il redescendait chaque fois avant de parvenir à son sommet : Sisyphe, qui avait osé défier la mort. Mais la version revisitée par Camus pour qui le héros fait face à l’absurdité de la vie, va jusqu’à l’apprécier, recherchant toujours la même flamme : « Cet univers désormais sans maître ne lui paraît ni stérile, ni fertile. Chacun des grains de cette pierre, chaque éclat minéral de cette montagne pleine de nuit, à lui seul, forme un monde. La lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir un cœur d’homme. Il faut imaginer Sisyphe heureux. »

Oui finalement, peut-être faut-il imaginer Robi heureuse…

Ecoutez ici et si cela vous plait, vous savez quoi faire…
Robi « L’hiver et la joie » Label indépendant : les Disques de Joie

>> Pour la voir en live il faudra attendre le 25 mars à la Boule noire ou le 26 avril au printemps de Bourges

Image de prévisualisation YouTube

>> Voir le clip de On ne meurt plus d’amour (déjà partagé ici)
>> Voir notre rencontre il y a un an, avec interview et session acoustique avec son bassiste Jeff Hallam.
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